LIGNE 4

Au nord de la ligne 4, je déboule dans le 18e à côté des Puces de Saint-Ouen, métro Porte de Clignancourt.

Les gens s’engouffrent dans la rame avant de laisser descendre, certains sont pris de court, sans issue de secours.

J’pénètre dans la station de Simplon via le portillon avec audace et aplomb.

Son tunnel relie la Suisse au Piémont italien. Je grimpe son col alpin, panorama en surplomb.

Je m’les caille à Marcadet – Poissonniers. Les malheureux thons sont remplis de mercure et de plomb.

J’vais encore être en retard au boulot, ça sent le roussi pour moi, je n’suis qu’à Château Rouge.

Boulevard Barbès, boulevard de Rochechouart et ses enseignes Tati.

Le conducteur freine d’un coup sec sans amorti, quel abruti !

Je n’le perds pas mais Gare du Nord, c’hui grave total’ à l’ouest.

Égaré à l’Est et éclaté de la veille, j’hésite à m’taper une petite sieste.

Averse torrentielle à Château d’Eau, la station est inondée, faut que j’m’arrache, faut que j’bouge !

À Strasbourg – Saint-Denis, je croise la 8. Sur la 9, y’a les keufs.

Endroit sympa et bon esprit, jusqu’à pas d’heure on y fait souvent la teuf.

Arrêt Réaumur – Sébastopol, assis à côté du prévôt des marchands de Paris, je tombe sur mes potes Marcel et Étienne.

Une discussion d’une minute, ils ont rencard avec des Américaines.

Les Halles, Le Ventre de Paris d’Émile Zola, Châtelet : haut lieu de rassemblement de la capitale.

De blé, de farine, de draps, d’herbes, de vins, les marchands déballent leur étal.

En souterrain, une véritable jungle urbaine, une compétence abyssale.

Sur le devant de la Seine, c’est à la Cité que j’la traverse.

Contesté berceau de Paris, vestiges gaulois découverts à Nanterre, historique controverse.

Boulevard du Palais, Vert-Galant, Notre-Dame de Paris et pont Saint-Michel, je ne tergiverse.

Derrière la Conciergerie et l’Hôtel-Dieu, tête-à-tête à l’archange et à sa fontaine qui se déverse.

Pause à Odéon, sur la place un air d’accordéon, intersection avec la 10.

Le théâtre à l’italienne porte son nom. La pièce est réussie, le public est comblé, les spectateurs applaudissent.

Debout, visage collé contre la vitre, un oeil sur les pièces à l’affiche, mes jambes s’alourdissent.

Dans le 6e, balade à Saint-Germain-des-Prés et visite de son abbaye.

Un quartier médiéval, je fais une pause, les yeux grands ouverts et ébahis.

Sulpice et Placide, une belle paire de saints sur ma ligne rectiligne.

Câline, elle est fougueusement coquine et maligne ma ligne, sur toute la ligne.

Le Pieux, évêque de Bourges, et le disciple de saint Benoît sont offusqués, c’est indigne !

Père du métro parisien, Fulgence Bienvenüe a son nom à Montparnasse.

Je me hisse dans la rame bondée, mais je repère une place avec classe, je me surpasse.

Station Vavin, station Raspail, j’engage ma descente dans le sud, un crétin m’enfarge.

Alexis, homme politique, s’insurge de la Grande-Pologne. François-Vincent, politique aussi et chimiste, forge le plaidoyer de Marie Lafarge.

Halte rapide en demeure chez Rochereau, je fixe une fille mignonne, elle est d’enfer !

J’y vais, j’y vais pas ? Trop tard, elle descend à la prochaine, quelle misère !

Trois pelés et un tondu à Mouton-Duvernet à proximité du RER B, la grande soeur de la verte D.

Rocky s’entraîne villa Adrienne, Régis-Barthélémy du régiment de la Guadeloupe dresse son équidé.

J’en vois enfin la fin, plus question de mots croisés ni de bavarder.

Alésia, guerre des Gaules, je me trouve sur le pas de la porte d’Orléans.

En 1899, Lionel Royer réalise Vercingétorix jette ses armes aux pieds de César. Nombreux anachronismes dans les équipements.

À l’écoute du signal, je me lève, les palières se referment rapidement.

J’arrive à Mairie de Montrouge dans les Hauts-de-Seine.

Un enfant capricieux en fait des couleurs siennes

Au milieu de la rame, Barbara chante l’Aigle noir.

Mais j’y pense, j’ai rendez-vous avec Mlle Pravi ce soir !

Gare de Bagneux, Lucie Aubrac joue des coudes et résiste à la foule pas si sentimentale.

À cette station, un pickpocket est en pleine action, il détrousse puis il détale.

Tout le monde descend, signal de manœuvre rouge, le trajet se termine.

Les contrôleurs sont là : « Votre titre de transport s’il vous plaît ? », j’ai la grise mine.

Des explications farfelues, je cherche leur énième indulgence.

Rien à faire, averti, je n’aurai pas cette fois-ci leur complaisance.

 © M.P.